Commander Keen : le petit héros qui a rendu le PC plus fun

Avant Doom, avant Wolfenstein 3D, avant que le nom id Software soit associé aux FPS nerveux et aux moteurs 3D, il y a eu un petit garçon de huit ans avec un casque de football américain, un pogo stick et une fusée bricolée avec des objets de la maison.

Ce petit héros, c’est Commander Keen.

Sorti sur DOS en 1990, Commander Keen: Invasion of the Vorticons a montré qu’un PC pouvait aussi proposer un jeu de plateforme fluide, coloré et amusant. À une époque où beaucoup de joueurs associaient les jeux de plateforme rapides aux consoles, Commander Keen a donné au PC une vraie réponse.

Le jeu n’est pas seulement important parce qu’il est mignon ou nostalgique. Il est important parce qu’il marque un moment clé : celui où le PC commence à prouver qu’il peut aussi être fun, rapide et accessible.

Commander Keen

couverture du jeu Commander Keen : invasion of the vorticons

Créateur

id Software

Sortie originale

1990

Genre

Jeu de plateforme, action, side-scroller

Éditeur

Apogee Software

Plateforme

DOS, puis rééditions

Catégorie

Science-fiction, enfance, espace, aliens, humour, exploration, shareware, PC DOS

Billy Blaze, huit ans, génie autoproclamé

Commander Keen est en réalité Billy Blaze, un enfant de huit ans très intelligent, qui enfile le casque de football américain de son grand frère et devient le défenseur de la Terre.

Son vaisseau, le Bean-with-Bacon Megarocket, est bricolé avec des objets trouvés dans la maison. Rien que cette idée résume bien le ton de la série : de la science-fiction, oui, mais vue à hauteur d’enfant.

Le premier épisode, Marooned on Mars, commence avec une situation simple. Billy part sur Mars, mais des extraterrestres volent des pièces essentielles de son vaisseau. Il doit donc explorer la planète pour retrouver les composants manquants et rentrer chez lui.

Ce n’est pas un scénario profond, mais c’est exactement ce qu’il faut. Commander Keen n’a pas besoin d’une grande cinématique. Il suffit d’un enfant, d’une fusée, d’aliens et d’une excuse pour sauter partout.

Le charme vient de là. Keen n’est pas un soldat, pas un héros musclé, pas un élu sombre et torturé. C’est un gamin qui transforme son imagination en aventure spatiale.

Le PC voulait aussi son jeu de plateforme

Au début des années 90, les jeux de plateforme rapides et colorés sont plutôt associés aux consoles. La NES, puis la Super Nintendo et la Mega Drive, construisent une partie de leur image sur des personnages comme Mario ou Sonic.

Le PC, lui, a une réputation différente. Il est fort pour les jeux d’aventure, les simulations, les jeux de stratégie, les RPG, les jeux éducatifs ou les titres plus complexes. Mais il n’est pas toujours vu comme la machine idéale pour un jeu de plateforme fluide.

Commander Keen change un peu cette perception.

Grâce au travail technique de John Carmack, le jeu propose un scrolling fluide en EGA sur PC. Cela paraît banal aujourd’hui, mais à l’époque, c’est un vrai événement. Le PC n’avait pas les mêmes facilités matérielles que les consoles pour faire défiler un décor de manière souple.

Commander Keen donne donc l’impression que le PC peut enfin jouer dans la cour des plateformes colorées. Pas exactement comme une console Sega ou Nintendo, mais avec son propre style.

Et ce style va marquer beaucoup de joueurs DOS.


Une origine liée à Super Mario Bros. 3

L’histoire de Commander Keen est devenue presque légendaire.

Avant de créer leur propre héros, les futurs membres d’id Software avaient réalisé une démo technique inspirée de Super Mario Bros. 3 sur PC. L’idée était de montrer qu’un jeu de plateforme fluide, proche de ce que l’on voyait sur console, pouvait fonctionner sur ordinateur.

Nintendo n’a pas donné suite.

Mais cette démonstration technique ne disparaît pas. Elle devient la base d’un nouveau projet original : Commander Keen.

C’est un point important, parce qu’il montre bien ce qu’était id Software à ce moment-là. Avant d’être le studio de Doom, c’est une petite équipe qui cherche à faire sur PC ce que beaucoup pensent réservé aux consoles. Ils ne veulent pas seulement faire un clone. Ils veulent montrer que le PC peut suivre.

Le résultat n’a pas la précision parfaite d’un Mario, mais il a une vraie fraîcheur. Commander Keen est moins poli qu’un jeu Nintendo, mais il est plus libre, plus bizarre et très marqué par la culture PC shareware.

Le shareware : la disquette qui voyage

Commander Keen doit aussi beaucoup au modèle shareware.

Le principe est simple : une partie du jeu est distribuée gratuitement ou très facilement, puis les joueurs peuvent acheter les épisodes suivants. Pour Commander Keen: Invasion of the Vorticons, le premier épisode, Marooned on Mars, sert de porte d’entrée, tandis que les épisodes 2 et 3 complètent la trilogie.

Cette méthode est parfaite pour le PC des années 90. Les jeux circulent sur disquettes, dans les magazines, entre amis, dans les clubs informatiques, puis plus tard sur des CD de compilations shareware.

C’est une manière très différente de vendre un jeu. On ne mise pas seulement sur une boîte en magasin. On laisse le jeu se propager.

Et Commander Keen est idéal pour ça. Le premier épisode donne tout de suite envie d’en voir plus : une carte, des niveaux, des aliens, des secrets, des bonbons à ramasser, un héros attachant et cette fameuse sensation de plateforme plus fluide que d’habitude sur PC.

Le shareware n’a pas seulement aidé Commander Keen. Il a aussi aidé id Software à devenir id Software.


Une carte, des niveaux et une vraie sensation d’aventure

Commander Keen ne se contente pas d’enchaîner les niveaux de gauche à droite. Le jeu propose une carte du monde sur laquelle Keen se déplace pour choisir les zones à explorer.

Cette carte donne une vraie sensation d’aventure. On n’est pas seulement dans un jeu de plateforme linéaire. On explore une planète, une région, un ensemble de lieux. On peut parfois choisir l’ordre dans lequel on aborde les niveaux.

Ce détail change beaucoup l’ambiance.

Sur la carte, Keen est minuscule. Il avance entre des villes martiennes, des zones étranges, des paysages aliens. Chaque entrée de niveau devient une petite promesse : qu’est-ce qu’il y a là-dedans ?

Dans les niveaux, la structure reste assez simple. On saute, on évite les ennemis, on récupère des objets, on cherche les cartes d’accès, on trouve la sortie. Mais la carte du monde ajoute une couche d’exploration très agréable.

C’est un jeu d’action, oui, mais aussi un jeu de curiosité.

Le pogo stick, l’arme secrète du fun

L’un des éléments les plus mémorables de Commander Keen, c’est le pogo stick.

Au lieu de se contenter d’un saut classique, Keen peut utiliser ce bâton sauteur pour atteindre des plateformes plus hautes, franchir des passages difficiles ou rebondir dans des zones dangereuses.

Ce simple objet donne une identité forte au gameplay. Il transforme le déplacement en petit jouet.

Le pogo stick n’est pas toujours évident à maîtriser. Il demande un peu de précision. On peut rater un saut, rebondir trop loin, tomber dans un piège. Mais quand on le prend en main, il donne au jeu une sensation très particulière.

Commander Keen ne cherche pas seulement à copier Mario. Il ajoute ses propres idées. Le pogo stick en est le meilleur exemple.

C’est aussi un très bon symbole du personnage : Keen n’a pas forcément les outils d’un héros classique. Il a les inventions et les bricolages d’un enfant imaginatif.

Commander Keen sur DOS utilisant son pogo stick dans un niveau de plateforme
Le pogo stick donne à Commander Keen une identité très forte.

Des ennemis étranges plutôt que menaçants

Les ennemis de Commander Keen ont rarement l’air terrifiants. Ils sont souvent étranges, ronds, idiots, imprévisibles ou simplement très aliens.

C’est une autre force de la série. Elle ne cherche pas à être sérieuse. Les Vorticons, les créatures martiennes, les monstres bizarres et les dangers absurdes forment un univers presque cartoon.

Cela donne au jeu une ambiance très différente des futurs titres d’id Software. Avant les nazis de Wolfenstein 3D et les démons de Doom, il y a des créatures colorées et des menaces qui ressemblent à des jouets extraterrestres.

Le danger est bien réel. Commander Keen peut être difficile, parfois même assez punitif. Mais le ton reste léger.

C’est pour cela que la série a gardé une place particulière. Elle montre une facette plus enfantine et plus drôle d’id Software, un studio que l’on associera ensuite beaucoup plus à la violence, à la vitesse et au FPS.


Goodbye, Galaxy : la formule devient plus belle

Si Invasion of the Vorticons pose les bases, beaucoup de joueurs gardent un souvenir encore plus fort de Commander Keen 4: Secret of the Oracle, premier épisode de Goodbye, Galaxy.

Sorti en 1991 sur DOS, cet épisode améliore beaucoup la présentation. Les graphismes sont plus fins, l’univers est plus vivant, les animations sont plus agréables et l’ensemble paraît plus moderne.

Keen 4 est souvent le point d’entrée idéal pour découvrir la série aujourd’hui. Il garde l’esprit shareware, mais il est plus joli, plus accessible visuellement et plus riche que les premiers épisodes.

On y retrouve aussi la carte du monde, les niveaux à explorer, le pogo stick, les objets à récupérer et cet humour science-fiction très léger.

Tom Hall, l’âme cartoon de Commander Keen

Commander Keen doit beaucoup à Tom Hall.

Dans l’histoire d’id Software, John Carmack est souvent associé à la technique, John Romero au game design et à l’énergie arcade, Adrian Carmack à l’aspect visuel. Mais pour Commander Keen, Tom Hall joue un rôle central dans le ton, l’univers et le personnage.

C’est lui qui donne à Keen ce côté enfant génial, science-fiction amusante et aventure spatiale légère. La série porte une personnalité très différente de Doom ou Quake. Elle est plus narrative, plus drôle, plus colorée.

On sent que Tom Hall aime créer des mondes, des noms absurdes, des petits détails et des personnages attachants.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Commander Keen garde autant de tendresse auprès des joueurs. Le jeu n’est pas seulement une prouesse technique. Il a une vraie voix.


Le jeu qui annonce id Software sans ressembler à Doom

Commander Keen est fascinant parce qu’il annonce id Software tout en étant très différent de ce qui rendra le studio mondialement célèbre.

On retrouve déjà plusieurs éléments importants :

  • une recherche technique forte ;
  • une envie de vitesse ;
  • une culture shareware ;
  • un gameplay direct ;
  • une équipe capable de produire vite ;
  • une volonté de faire du PC une vraie machine de jeu.

Mais le ton est totalement différent. Commander Keen est coloré, enfantin, drôle et spatial. Wolfenstein 3D et Doom seront plus violents, plus sombres, plus agressifs.

C’est justement ce contraste qui rend la série précieuse. Elle montre que le studio n’est pas né directement avec un shotgun et des démons. Il est d’abord passé par un gamin en casque de football qui rebondit sur Mars.

Commander Keen est le chaînon fun avant l’explosion FPS.


Ce qui a bien vieilli

Le premier point qui tient encore, c’est le charme. Commander Keen a une personnalité simple, mais très attachante. Billy Blaze, son casque, son pogo stick et ses aventures spatiales fonctionnent encore.

Le deuxième point, c’est la structure. La carte du monde, les niveaux à choisir, les secrets et les objets à ramasser donnent toujours envie d’explorer.

Le troisième point, c’est le ton. Le jeu ne se prend pas trop au sérieux. Il garde un humour doux, un côté aventure de gosse et une ambiance science-fiction familiale.

Enfin, c’est l’importance historique. Commander Keen permet de comprendre comment id Software est passé de la plateforme shareware au FPS révolutionnaire.

Ce qui a mal vieilli

Commander Keen reste un jeu ancien.

Les premiers épisodes peuvent paraître raides. Les collisions ne sont pas toujours aussi confortables qu’un platformer console. Certains sauts demandent de la précision. Le pogo stick peut être amusant, mais aussi agaçant quand on débute.

Le son est très limité, surtout dans les épisodes les plus anciens. Le PC speaker donne un charme rétro, mais il peut vite fatiguer.

Enfin, la difficulté peut aussi surprendre. Sous ses airs enfantins, Commander Keen peut être exigeant. Les ennemis, les pièges et certains passages demandent de la patience.

Verdict Pixel Disquette

Commander Keen mérite-t-il encore d’être lancé aujourd’hui ?

86%

Note générale

Points forts

  • Héros très attachant.
  • Univers science-fiction drôle et léger.
  • Carte du monde agréable à explorer.
  • Pogo stick mémorable.

Points faibles

  • Maniabilité parfois raide.
  • Difficulté parfois plus élevée qu’elle n’en a l’air.

Prise en main actuelle

Le principe est simple : courir, sauter, explorer, récupérer des objets et atteindre la sortie.

Pour qui ?

Pour les curieux de l’histoire d’id Software et les fans de jeux de plateforme DOS.

Commander Keen est-il un jeu DOS ?

Oui. Commander Keen est une série de jeux de plateforme sortie principalement sur DOS au début des années 90. Les premiers épisodes arrivent en 1990 avec Invasion of the Vorticons.

Qui a créé Commander Keen ?

Commander Keen a été développé par id Software, avec une équipe associée à Tom Hall, John Carmack, John Romero et Adrian Carmack. Tom Hall est particulièrement important pour l’univers et le personnage.

Commander Keen est-il sorti avant Doom ?

Oui. Commander Keen sort en 1990, alors que Doom sortira en 1993. Commander Keen représente donc une période plus légère et plus plateforme dans l’histoire d’id Software.

Pourquoi Commander Keen est-il important ?

Il est important parce qu’il a montré que le PC pouvait proposer un jeu de plateforme fluide, rapide et amusant. Il a aussi aidé à lancer id Software dans le modèle shareware avant Wolfenstein 3D et Doom.

Quel épisode de Commander Keen faut-il découvrir en premier ?

Pour découvrir la série confortablement aujourd’hui, Commander Keen 4: Secret of the Oracle est souvent un très bon choix. Il est plus joli, plus souple et plus abouti que les premiers épisodes. Pour comprendre l’origine historique, il faut aussi essayer Marooned on Mars.

Commander Keen est-il adapté aux enfants ?

Oui, globalement. Le ton est léger, cartoon et non violent comparé aux futurs jeux d’id Software. La difficulté peut toutefois être élevée pour de jeunes enfants, surtout dans certains passages de plateforme.

Peut-on jouer à Commander Keen aujourd’hui ?

Oui. La série est disponible sur Steam, et les versions DOS peuvent aussi être jouées via DOSBox si l’on possède une version légale.

Sources et références