Nitemare 3D : quand Hugo’s House of Horrors se transformait en FPS

Dans les années 90, beaucoup de jeux ont regardé Wolfenstein 3D et se sont dit : “Et si on faisait pareil ?”. Mais Nitemare 3D a une origine un peu plus étrange. Ce n’est pas seulement un clone de FPS en labyrinthe. C’est aussi la suite improbable de la série Hugo’s House of Horrors, ces aventures shareware où le joueur tapait des commandes pour aider Hugo à survivre à des situations absurdes.

Sorti sur DOS en 1994, développé par Gray Design Associates et conçu par David P. Gray, Nitemare 3D met Hugo face à un nouveau danger : sa fiancée Penelope est kidnappée par le Dr Hamerstein, qui veut mener des expériences terrifiantes sur elle.

Le résultat est un jeu étrange, pas vraiment effrayant, pas vraiment moderne pour son époque, mais intéressant. Nitemare 3D mélange FPS à la Wolfenstein, puzzles, secrets, armes bizarres et ambiance de film d’horreur familial des années 50. Pas un grand classique, mais une vraie curiosité rétro.

Nitemare 3D

Nitemare 3D sur DOS, FPS d'horreur développé par Gray Design Associates en 1994

Créateur

Gray Design Associates / David P. Gray

Sortie originale

1994

Genre

FPS, action, aventure, puzzle

Éditeur

Gray Design Associates

Plateforme

DOS, Windows 3.x

Catégorie

Maison hantée, monstres, Hugo, Penelope, Dr Hamerstein, horreur familiale, labyrinthe, shareware

Hugo, mais sans commandes texte

Avant Nitemare 3D, Hugo était surtout connu pour des jeux d’aventure comme Hugo’s House of Horrors, Hugo II: Whodunit? et Hugo III: Jungle of Doom. Ces jeux reposaient sur une logique d’aventure graphique avec commandes textuelles. Le joueur explorait des lieux, ramassait des objets et tapait des actions au clavier.

Nitemare 3D change complètement de terrain.

Ici, Hugo n’est plus dans une aventure à parser. Il avance en vue subjective, ouvre des portes, tire sur des monstres, cherche des clés et fouille des niveaux en forme de labyrinthe.

C’est ce décalage qui rend le jeu intéressant. On passe d’une série d’aventure shareware à un FPS d’horreur. On garde Hugo, Penelope et un ton bizarrement familial, mais on change complètement de genre.

Le résultat donne parfois l’impression d’un jeu qui ne sait pas exactement où se placer. Trop simple pour rivaliser avec les grands FPS. Trop orienté tir pour retrouver le charme des aventures Hugo. Mais assez étrange pour mériter qu’on s’y arrête.


Une histoire d’enlèvement, de manoir et d’expériences douteuses

Le scénario est très simple. Penelope est enlevée par le Dr Hamerstein, un savant fou qui veut mener des expériences sur elle. Hugo doit donc traverser un manoir tordu, des cavernes souterraines et d’autres environnements dangereux pour la sauver.

On est clairement dans l’horreur de série B. Pas l’horreur sale ou traumatisante d’un jeu comme DreamWeb. Pas non plus la violence démoniaque de Doom. Nitemare 3D cherche plutôt une ambiance de maison hantée, avec monstres, savant fou, couloirs secrets et pièges.

La page officielle de Gray Design Associates présente d’ailleurs le jeu comme une aventure 3D familiale, inspirée par les films d’horreur des années 50, sans goutte de sang selon le texte promotionnel retrouvé en ligne.

C’est une nuance importante. Nitemare 3D utilise l’imagerie de l’horreur, mais il ne cherche pas vraiment à choquer. Il veut faire peur gentiment, avec un côté train fantôme de PC shareware.

Couloir dans Nitemare 3D sur DOS avec un monstre dans un manoir hanté
Nitemare 3D reprend la structure du FPS en labyrinthe, mais dans une ambiance de maison hantée plus cartoon qu’effrayante.

Un FPS très marqué par Wolfenstein 3D

Visuellement, Nitemare 3D appartient à la famille des FPS en labyrinthe du début des années 90.

Les murs sont droits, les sols et plafonds restent simples, les ennemis sont des sprites, et les niveaux ressemblent souvent à des couloirs qui se croisent.

C’est à la fois logique et problématique.

Logique, parce que Wolfenstein 3D avait montré qu’un FPS rapide pouvait fonctionner sur PC. Beaucoup de développeurs ont donc repris cette formule.

Problématique, parce qu’en 1994, Doom était déjà passé par là. Face à Doom, les labyrinthes plats de Nitemare 3D paraissent datés. Là où Doom propose des hauteurs, des lumières, des combats nerveux et des niveaux plus organiques, Nitemare 3D donne une impression beaucoup plus rigide.

Mais ce serait injuste de ne le voir que comme un FPS dépassé. Son vrai intérêt n’est pas dans la vitesse pure. Il est plutôt dans son mélange entre exploration, puzzles, armes spécifiques et secrets.


Trois épisodes, trente niveaux et beaucoup de portes

Nitemare 3D reprend le modèle shareware classique de l’époque. Le premier épisode est disponible en shareware, puis deux épisodes commerciaux complètent le jeu. MobyGames indique un total de trois épisodes et trente niveaux :

  • Episode 1 – A House of Horrors
  • Episode 2 – The Plasma Core
  • Episode 3 – Death or Glory

Ce découpage est très représentatif du PC shareware. Le joueur peut tester une grosse portion du jeu, puis acheter la suite s’il accroche.

La structure en épisodes donne aussi au jeu une petite progression thématique. On commence dans un registre maison hantée, puis le jeu part vers des environnements plus étranges. Cela permet de varier un peu les décors, même si la base reste celle du labyrinthe.

Comme souvent dans les FPS de cette période, il faut ouvrir des portes, trouver des clés, chercher des interrupteurs et fouiller les murs suspects. Le jeu demande donc un bon sens de l’orientation. Ou au moins une bonne tolérance aux couloirs qui se ressemblent.

Niveau de Nitemare 3D sur DOS avec clé, porte et secret à trouver
Les niveaux de Nitemare 3D demandent de chercher des clés, des passages secrets et des objets importants pour progresser.

Des armes qui ne servent pas toutes de la même manière

Nitemare 3D essaie d’ajouter une petite couche stratégique avec ses armes.

Le jeu propose quatre armes principales : le pistolet à plasma, la baguette magique, le pistolet et le pistolet à plasma automatique. Certains ennemis sont plus sensibles à certaines armes et plus résistants à d’autres. Cela rend le jeu un peu moins direct qu’un simple “je tire sur tout ce qui bouge”.

C’est une bonne idée.

Dans beaucoup de FPS anciens, changer d’arme sert surtout à faire plus de dégâts. Dans Nitemare 3D, le choix d’arme peut dépendre du type de monstre rencontré. Cette mécanique reste simple, mais elle donne au jeu une petite identité.

Le problème, c’est que les sensations de tir ne sont pas très fortes. Les armes manquent d’impact. Les ennemis ne sont pas toujours très menaçants. Et le rythme global est plus lent que dans les grands FPS de l’époque.

Donc l’idée est intéressante, mais l’exécution reste modeste.


Plus cérébral que brutal

Nitemare 3D n’est pas le FPS le plus nerveux de son époque. Il se rapproche davantage d’un jeu d’exploration en vue subjective avec des combats.

RGB Classic Games explique que le jeu se concentre davantage sur l’exploration que sur le pur combat, ce qui le rend un peu plus cérébral que d’autres FPS de la période, même s’il reste trop violent pour être conseillé aux très jeunes enfants habitués à la trilogie Hugo.

Ce point est important, car il permet de mieux comprendre le jeu.

Nitemare 3D n’est pas Doom. Il ne cherche pas la même adrénaline. Il demande plutôt de fouiller, de se repérer, de compter les objets restants, de trouver les passages et de résoudre des petits blocages.

Le jeu propose même des aides comme l’automap, les magic eyes ou des informations sur les monstres, secrets, clés et objets restants dans le niveau.

Cela donne une expérience plus posée. Pas forcément meilleure, mais différente.


Le charme bizarre du shareware

Nitemare 3D a ce charme très particulier des jeux shareware PC.

Il n’a pas le budget d’un grand titre. Il n’a pas l’assurance technique d’id Software. Il n’a pas la direction artistique d’un LucasArts. Mais il a quelque chose de personnel.

On sent que le jeu vient d’un petit univers déjà existant, celui de Hugo. On sent aussi que David P. Gray tente de suivre la mode du FPS tout en gardant une part d’aventure et d’humour.

Ce côté artisanal peut plaire. Il peut aussi rebuter.

Les graphismes sont inégaux. Les monstres ne font pas vraiment peur. Les niveaux peuvent être lourds. Mais l’ensemble a une identité que beaucoup de petits FPS oubliés n’ont pas. Nitemare 3D n’est pas seulement “un clone de Wolfenstein”. C’est “le FPS de Hugo”. Et ça, c’est déjà plus mémorable.

Nitemare 3D sur DOS avec ambiance de jeu shareware horrifique
Nitemare 3D garde une ambiance très shareware : imparfaite, mais reconnaissable.

La version Windows 3.x, une petite curiosité technique

Nitemare 3D est aussi intéressant pour sa version Windows.

Dans une interview, David P. Gray explique que Nitemare 3D for Windows est sorti le 1er décembre 1994 et qu’il estime qu’il s’agissait du premier FPS à fonctionner comme une application Windows classique sous Windows 3.1, en utilisant la bibliothèque WinG de Microsoft.

Il faut formuler ça avec prudence, car c’est une déclaration de l’auteur. Mais c’est tout de même une information intéressante.

À l’époque, la plupart des jeux d’action PC sérieux tournaient encore sous DOS. Windows 3.x n’était pas vraiment vu comme un environnement idéal pour le jeu rapide. Voir un FPS arriver sous Windows 3.1, même modeste, montre bien une période de transition.


Attention : ce n’est pas vraiment de l’abandonware

Autre point important : il faut éviter de présenter Nitemare 3D comme un jeu librement abandonné.

Gray Design Associates vend encore les versions DOS et Windows de la trilogie Nitemare 3D en téléchargement. Abandonware DOS signale aussi le jeu comme NOT abandonware.

Le rétro PC ne veut pas toujours dire abandonware.


Ce qui a bien vieilli

Le premier point qui fonctionne encore, c’est l’identité. Nitemare 3D est immédiatement reconnaissable grâce à son lien avec Hugo et son ambiance de maison hantée.

Le deuxième point, c’est son orientation exploration. Le jeu n’est pas seulement un FPS où l’on tire sur tout. Il demande de chercher des clés, des secrets, des objets et des passages. RGB Classic Games insiste justement sur cette dimension plus cérébrale et exploratoire.

Le troisième point, c’est son statut de curiosité Windows 3.x. Pour les amateurs de vieux environnements PC, la version Windows a un vrai intérêt.

Enfin, le jeu est un bon représentant du shareware indépendant. Il raconte une époque où un créateur pouvait passer d’une aventure textuelle/graphique à un FPS en suivant les tendances du marché.

Ce qui a mal vieilli

Nitemare 3D a aussi beaucoup vieilli.

Techniquement, il paraît en retard face à Doom. Le moteur est plus proche de Wolfenstein 3D, avec des niveaux plats et très labyrinthiques. La comparaison est inévitable, car Doom était déjà sorti lorsque Nitemare 3D arrivait sur le marché.

Les combats manquent d’impact. Les armes sont originales dans leur logique, mais pas très satisfaisantes à utiliser. Les ennemis ont souvent un côté plus amusant qu’effrayant.

La progression peut aussi fatiguer. Chercher des passages secrets, des clés et des objets dans des niveaux qui se ressemblent demande une certaine patience.

Enfin, son ton familial horrifique peut ne pas parler à tout le monde. Ce n’est ni vraiment effrayant, ni vraiment drôle, ni vraiment spectaculaire. C’est entre deux, et ce “entre deux” fait son charme autant que sa limite.

Verdict Pixel Disquette

Nitemare 3D mérite-t-il encore d’être lancé aujourd’hui ?

67%

Note générale

Points forts

  • Lien original avec la série Hugo.
  • Ambiance maison hantée familiale assez unique.
  • Mélange FPS, exploration et puzzles.
  • Trois épisodes et trente niveaux.
  • Plus personnel que beaucoup de clones de Wolfenstein 3D.

Points faibles

  • Très daté face à Doom.
  • Combats peu nerveux.
  • Sensations de tir modestes.
  • Niveaux labyrinthiques parfois fatigants.
  • Monstres peu effrayants.
  • Rythme lent pour un FPS.

Prise en main actuelle

Le principe est simple : avancer, tirer, chercher des clés, trouver les secrets. Mais les labyrinthes, le rythme lent et l’ergonomie ancienne peuvent vite fatiguer.

Pour qui ?

Pour les fans de Hugo’s House of Horrors et les curieux de FPS DOS oubliés.

Nitemare 3D est-il un jeu DOS ?

Oui. Nitemare 3D est sorti sur DOS en 1994. MobyGames indique une sortie DOS le 17 mai 1994 et liste aussi une version Windows 16-bit sortie la même année.

Qui a créé Nitemare 3D ?

Nitemare 3D a été développé par Gray Design Associates. MobyGames crédite David P. Gray au design et à la programmation, Denise M. Tyler à l’artwork et David B. Schultz à la musique.

Nitemare 3D est-il lié à Hugo’s House of Horrors ?

Oui. Nitemare 3D est la suite de Hugo III: Jungle of Doom et reprend Hugo ainsi que Penelope, mais dans un gameplay de FPS horrifique.

Nitemare 3D ressemble-t-il à Wolfenstein 3D ?

Oui. Le jeu reprend une structure visuelle et ludique proche de Wolfenstein 3D, avec des niveaux en labyrinthe, une vue subjective et des ennemis à combattre. Il est cependant plus lent et plus axé sur les puzzles.

Combien d’épisodes contient Nitemare 3D ?

Le jeu contient trois épisodes pour un total de trente niveaux. Le premier épisode était distribué en shareware, tandis que les deux autres faisaient partie de la version complète.

Nitemare 3D est-il abandonware ?

Pas vraiment. RGB Classic Games indique que Gray Design Associates vend encore la trilogie Nitemare 3D en téléchargement, et Abandonware DOS classe le jeu comme “NOT abandonware”.

Sources et références