Quand Doom débarque sur PC en décembre 1993, il ne se contente pas d’être un bon jeu de tir. Il devient un modèle. Ambiance sombre, action rapide, monstres partout, armes qui claquent, niveaux labyrinthiques, multijoueur, mods… Tout le monde veut sa part du gâteau.
Le problème, c’est qu’après Doom, ressembler à Doom ne suffit plus. Il faut aller vite, faire mieux, ou au moins avoir une vraie personnalité. Certains jeux ont tenté leur chance. Certains sont sortis trop tôt, d’autres trop tard. Certains avaient une bonne idée, mais pas les moyens. Et quelques-uns donnent vraiment l’impression d’avoir crié : “Regardez, moi aussi je peux être Doom !”
Voici donc un top 10 des FPS DOS qui auraient bien aimé marcher sur les traces de Doom, sans jamais provoquer le même tremblement de terre.
10. Ken’s Labyrinth

Créateur
Ken Silverman / Advanced Systems
Sortie
1993
Genre
FPS labyrinthique
Éditeur
Epic MegaGames
Support
MS-DOS
Avant de devenir le créateur du moteur Build, utilisé plus tard par Duke Nukem 3D, Ken Silverman signe Ken’s Labyrinth, un FPS coloré où l’on tire sur des monstres dans des couloirs façon Wolfenstein 3D. Le jeu sort avant Doom, donc il ne cherche pas vraiment à le copier. Mais quand on le regarde aujourd’hui, il ressemble à une branche parallèle de l’évolution du FPS PC : plus bricolée, plus étrange, plus enfantine aussi.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il montre très bien le monde juste avant Doom. Un monde où le FPS PC existe déjà, mais n’a pas encore trouvé sa forme définitive.
9. Isle of the Dead

Créateur
Rainmaker Software
Sortie
1993
Genre
FPS / aventure horrifique
Éditeur
Merit Software
Support
MS-DOS
Isle of the Dead mélange tir en vue subjective, zombies, île tropicale et mécaniques de jeu d’aventure. Sur le papier, ça aurait pu donner un petit FPS horrifique marquant. En pratique, le jeu reste surtout une curiosité bizarre, coincée entre le point-and-click et le shooter.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il avait une ambiance pulp et horrifique intéressante, mais pas la nervosité ni la lisibilité qui feront la force de Doom.
8. Nitemare 3D

Créateur
Gray Design Associates
Sortie
1994
Genre
FPS horrifique
Éditeur
Accurate Research
Support
MS-DOS, Windows 3.x
Avec son manoir, ses monstres et son ambiance Halloween, Nitemare 3D essaye de transformer le FPS en train fantôme. Le jeu fait suite à la série Hugo, mais en passant à la vue subjective. L’idée est amusante, surtout pour un jeu shareware, mais techniquement et visuellement, on est beaucoup plus proche d’un Wolfenstein bricolé que d’un vrai concurrent de Doom.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il a le décor parfait pour faire peur, mais pas vraiment les moyens de ses ambitions.
7. The Terminator: Rampage

Créateur
Bethesda Softworks
Sortie
1993
Genre
FPS de science-fiction
Éditeur
Bethesda Softworks
Support
MS-DOS
Avant d’être associé à The Elder Scrolls ou Fallout, Bethesda a aussi sorti des jeux Terminator. The Terminator: Rampage arrive en 1993, juste avant Doom, avec ses robots, ses couloirs et son ambiance futuriste. Il a une licence connue, un univers efficace, et pourtant il se fait complètement avaler par la vague qui arrive quelques semaines plus tard.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il avait un univers parfait pour devenir un FPS culte, mais Doom lui a volé la lumière.
6. The Fortress of Dr. Radiaki

Créateur
Maelstrom Software / Future Visionary
Sortie
1994
Genre
FPS
Éditeur
Merit Studios
Support
MS-DOS
The Fortress of Dr. Radiaki a tout du clone de Doom qui veut attirer l’oeil : un méchant savant fou, des monstres, des armes, des niveaux en vue subjective et même quelques idées techniques comme le rechargement ou une forme de visée à la souris. Mais le résultat est souvent cité comme l’un des Doom-like les plus maladroits de son époque.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il veut clairement faire partie de la fête, mais arrive avec des chaussures trop grandes pour lui.
5. Operation Body Count

Créateur
Capstone Software
Sortie
1994
Genre
FPS d’action
Éditeur
Capstone Software / U.S. Gold
Support
MS-DOS
Avec Operation Body Count, Capstone tente le FPS tactique musclé : des terroristes ont pris le contrôle du siège de l’ONU, et le joueur doit progresser étage par étage. Le jeu utilise un moteur basé sur Wolfenstein 3D, avec 40 niveaux et une action très frontale. Sur le papier, ça sent le film d’action en disquette. En jeu, ça ressemble surtout à une course pour ne pas rater le train Doom.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce que Capstone semble avoir coché toutes les cases du FPS violent et bourrin, sans retrouver le rythme ni l’impact de Doom.
4. Witchaven

Créateur
Capstone Software
Sortie
1995
Genre
FPS fantasy / action-RPG
Éditeur
IntraCorp / U.S. Gold
Support
MS-DOS
Witchaven remplace les fusils par des épées, des haches, des sorts et des créatures de fantasy. Le jeu utilise une version précoce du moteur Build, et ajoute même quelques éléments de progression façon jeu de rôle. L’idée est bonne : faire un “Doom médiéval”, plus brutal au corps-à-corps. Mais face à des jeux plus fluides, plus lisibles ou mieux finis, Witchaven garde surtout une réputation de curiosité rugueuse.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il avait une vraie direction, mais pas assez de finition pour devenir le grand FPS fantasy des années 90.
3. William Shatner’s TekWar

Créateur
Capstone Software
Sortie
1995
Genre
FPS cyberpunk
Éditeur
Capstone Software / IntraCorp
Support
MS-DOS
TekWar avait une promesse en or : du cyberpunk, une licence portée par William Shatner, des missions urbaines, des civils à ne pas tuer, et le moteur Build. Sur le papier, c’est presque trop beau. En pratique, le jeu reste célèbre pour de mauvaises raisons : rythme étrange, niveaux confus, sensations molles, et une aura de nanar interactif.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il voulait être plus ambitieux qu’un simple clone de Doom, mais il s’est pris les pieds dans son propre concept.
2. Blake Stone: Aliens of Gold

Créateur
JAM Productions
Sortie
1993
Genre
FPS de science-fiction
Éditeur
Apogee Software
Support
MS-DOS
Blake Stone: Aliens of Gold est probablement l’un des jeux les plus malchanceux de cette liste. Il sort début décembre 1993, quelques jours avant Doom. Il propose pourtant de bonnes idées pour l’époque : science-fiction, scientifiques à sauver, distributeurs, personnages non hostiles, ambiance de base secrète. Mais face au choc technique et nerveux de Doom, il prend instantanément un coup de vieux.
Pourquoi il est dans ce top ?
Parce qu’il n’était pas mauvais. Il a juste eu le malheur d’arriver au pire moment possible.
1. HacX: Twitch ‘n Kill

Créateur
Banjo Software
Sortie
1997
Genre
FPS / total conversion commerciale basée sur Doom
Éditeur
Banjo Software
Support
MS-DOS
Difficile de faire plus proche de Doom que HacX. Le jeu utilise la base de Doom, mais tente de proposer son propre univers cyberpunk, avec de nouveaux ennemis, de nouvelles armes et une nouvelle ambiance. Le problème, c’est qu’en 1997, le monde du FPS a déjà changé. Duke Nukem 3D est passé par là, Quake aussi, et le look Doom commence à sentir la vieille disquette.
Pourquoi il est numéro 1 ?
Parce que c’est presque le candidat parfait pour le titre : très proche de Doom, sincère dans sa démarche, mais arrivé trop tard pour espérer devenir autre chose qu’une curiosité pour passionnés.
Mentions honorables

Rise of the Triad
Pas vraiment un ratage, plutôt un cousin surexcité de Doom. Rise of the Triad mérite d’être cité, mais il a assez de personnalité pour ne pas être réduit à un simple clone. Il sort en version shareware fin 1994 et en version complète en 1995 sur DOS.

Heretic
Développé par Raven Software et édité par id Software, Heretic reprend le moteur de Doom pour l’emmener vers la fantasy. Là encore, ce n’est pas un échec. C’est même l’un des meilleurs exemples de “Doom, mais autrement”.

Chex Quest
Un FPS promotionnel offert dans des boîtes de céréales ? Oui. Et en plus, basé sur Doom. Chex Quest est trop sympathique pour être dans le top des jeux qui ont raté leur coup, mais trop improbable pour ne pas être mentionné.
Conclusion
Les années 90 ont été un immense laboratoire pour le FPS PC. Doom a ouvert la porte, et beaucoup de studios se sont engouffrés derrière. Certains ont innové. Certains ont copié. Certains ont simplement essayé de survivre dans une période où la technologie avançait à toute vitesse.
C’est aussi ce qui rend ces jeux intéressants aujourd’hui. Même quand ils sont maladroits, ils racontent une époque : celle où chaque studio voulait trouver sa formule magique, entre couloirs sombres, monstres en pixels et fusils beaucoup trop bruyants.
Et parfois, rater Doom, c’est déjà entrer dans l’histoire du jeu PC.